« 10 octobre 1863 » [source : BnF, Mss, NAF 16384, f. 220], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7239, page consultée le 04 mai 2026.
Guernesey, 10 octobre [18]63, samedi matin 7 h. ½
Bonjour, mon cher petit homme, bonjour, en avance, cette fois, car tu n’as pas encore ouvert ta fenêtre. Il est vrai que le temps n’est rien moins qu’engageant [illis.] pour toi le temps [signifiait ?] quelque chose quand il s’agit d’ouvrir les portes et les fenêtres de ton logis. J’espère que la tempête de cette nuit ne t’aura pas plus empêché de dormir que moi-même et que tu te portes de santé, de corps, de cœur, d’âme aussi bien que moi ce matin. J’ai été au moment de me camouflera un peu hier des sous-entendus de Kesler relativement à ta CONTINENCE mais j’ai vu tant de calme et d’honnêteté dans ton regard en ce moment-là que je me suis sentie rassurée tout de suite. Du reste la jalousie préventive de ce gros bonhomme n’est rien moins que communicative et on serait tenté d’en rire plutôtb que d’en craindre la contagion car on n’est pas plus [illis.] amoureux que ce citoyen moitié [illis.] et moitié coton. Je prévois que sa lune de miel aura pour base un chicotin de difficile [digestion ?]. J’espère cependant qu’il ne nous y fera pas trop goûter et qu’il aura le soin de tout avaler et de nous laisser tranquilles. En attendant aimons-nous comme le premier jour, la main dans la main, les yeux dans les yeux, la bouche sur la bouche, cœur dans cœur et âme dans âme pour que rien de mauvais ne se glisse entre notre amour et notre confiance. Quand te verrai-je, mon bien-aimé ? pas avant l’heure de ton déjeuner, c’est-à-dire dans trois ou quatre heures, hélas ! Pour employer mon temps d’ici là je vais écrire à tous les Bretons1 car il n’y a plus un moment à perdre maintenant pour avoir la femme de chambre. Si ma sœur s’obstinait à venir en même temps je la logerais chez Mlle Leboutillier comme la première fois. La brave vieille fille ne demandera pas mieux et sera enchantée de lui redonner l’hospitalité. Je vais lui écrire à ce sujet en la prévenant du peu de loisir et de plaisir que j’aurai à lui offrir pendant les allées et venues de mon déménagement. Ce sera à elle de décider la question d’opportunité de sa visite. Je n’en aurai, moi, aucune responsabilité, telle est ma force. Mon cher petit paresseux, je vous adore.
Juliette
1 Voir la lettre que Juliette Drouet écrit le même jour à sa sœur Renée : Lettres familiales, édition Gérard Pouchain, lettre 66, p. 158-159.
a « camouffler ».
b « plus tôt ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Adèle, fille de Hugo, s’enfuit au-delà des mers à la poursuite désespérée d’un militaire dont elle est amoureuse. Mme Hugo adresse quelques signes de courtoisie à Juliette.
- 19 maiElle signe un bail de location pour la maison du 20, Hauteville.
- 18 juinAdèle, fille de Victor Hugo, part rejoindre le lieutenant Pinson.
- 2 juilletMme Hugo offre et dédicace à Juliette Drouet un exemplaire de son Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.
- 15 août-7 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
- DécembreElle décline l’invitation de Mme Hugo à participer au dîner des enfants pauvres.
